Groupe de recherches sur les enjeux sociaux contemporains en Nouvelle-Calédonie

Transformations de la citoyenneté

Les Accords de Nouméa placent la Nouvelle-Calédonie dans une situation quasi-expérimentale du point de vue du concept de « citoyenneté » : « Il est aujourd’hui nécessaire de poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d’origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun ». Ainsi, pour la première fois de son histoire républicaine, la France envisage à l’intérieur de la communauté des citoyens, une communauté particulière et distinctive qui doit décider de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : une véritable citoyenneté dans la citoyenneté. La notion de citoyenneté calédonienne a ainsi exigé une révision de la constitution française pour fixer des conditions spécifiques de définition du corps électoral calédonien (finalement entérinées par la loi constitutionnelle du 23 février 2007).

Basée sur le pari d’un destin commun à ceux que l’histoire de la colonisation oppose, cette nouvelle citoyenneté calédonienne recouvre d’une part les Kanaks dotés du statut dit coutumier et d’autre part des citoyens calédoniens soumis au régime du droit commun, introduisant ainsi une qualité de citoyen à géométrie variable, héritage d’une histoire violente. Le nouveau contexte institutionnel et politique calédonien, en héritant des catégories coloniales qui ont été construites et mises en œuvre pendant la période la plus dure de la colonisation, et en cherchant à remettre à plat les relations entre communautés, vise ainsi un véritable renversement de l’Indigénat. C’est dans ce cadre politique nouveau que les mouvements qui agissent au nom de l’autochtonie distinguent explicitement les autochtones kanak des autres citoyens calédoniens dans leurs relations parfois solidaires, parfois concurrentes, avec les multinationales minières.

La nouvelle citoyenneté calédonienne ne peut ainsi s’exprimer que dans une mise en œuvre conflictuelle dont nous étudions certains aspects : de la patrimonialisation aux politiques de l’identité, de la culture, et de l’éducation. Le concept de citoyenneté désigne ainsi différents types de relations, de droits et d’expériences. Une analyse empirique s’impose des circonstances dans lesquelles la référence à la citoyenneté est mobilisée à des échelles variables, qui vont du niveau administrativo-légal (définition de droits collectifs et individuels), au niveau micro-sociologique (à l’échelle de l’interface entre les individus et les institutions) : qui sont les acteurs qui s’engagent comme citoyens ? Quand et dans quels contextes ? Qu’en est-il, par exemple, de la demande sociale entourant les langues d’enseignement, des mobilisations autour de revendications en termes d’autochtonie, des associations (communautaires, de quartier, en matière de droits de l’homme, etc.) qui mettent de l’avant une dimension « citoyenne » ? La mise en œuvre des dispositions institutionnelles telle qu’elle peut être saisie du terrain, et sur des sujets spécifiques (politiques culturelles, politiques scolaires, mouvements sociaux, etc.) est le moyen de cerner les contours d’un modèle d’intégration nationale spécifique et inédit.

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